Perspectives
L'empilement de logiciels a mangé la pratique du conseiller
Marc Gingras
2 minutes de lecture
La plupart des conseillers ne dirigent plus une pratique en gestion de patrimoine.
Ils occupent un poste d'intégrateur de systèmes pour lequel ils n'ont jamais postulé.
Passez un après-midi avec l'un d'eux. La journée se promène entre plus d'une douzaine d'outils. Un CRM, parfois deux en parallèle parce que la moitié de l'équipe préfère l'ancien. Un logiciel de planification. Du profilage d'investisseur. De la préparation fiscale. De l'illustration en assurance. L'ouverture de compte sur une plateforme, les signatures sur une autre, les transactions chez le gardien de valeurs sur une troisième. Un outil de prise de rendez-vous. Un système de gestion documentaire. Un portail de conformité. Un portail de formation. Et le courriel pour tout ce qui n'a pas de maison.
Et en dessous de tout ça, ChatGPT et Claude, utilisés discrètement par tout le monde dans l'équipe, encadrés par personne.
14 outils. Sept départements. Trois personnes dans l'équipe.
L'histoire qu'on se raconte, c'est que le conseiller n'est jamais entré dans ce métier pour être intégrateur de systèmes. La réalité, c'est que la bureaucratie s'est démembrée et lui a été remise sous forme d'une douzaine d'identifiants de fournisseurs et d'un onglet qu'il oublie toujours de fermer.
La conversation actuelle sur l'IA ne règle pas ça. La réponse à la mode, c'est que chaque équipe a besoin d'une personne calée en IA en son sein. Ça fonctionne bien pour les entreprises qui ont des équipes. Dans la majeure partie de cette industrie, le conseiller est l'équipe. Il n'y a personne à intégrer.
Ce dont le conseiller a réellement besoin, c'est que la barre d'outils disparaisse.
L'IA comme solution ponctuelle de plus — un preneur de notes ici, un rédacteur là, une barre de recherche plus intelligente — ne fait qu'ajouter au travail d'intégration. L'IA comme couche, c'est autre chose. Une intelligence centrale qui sait déjà ce qui s'est dit dans la rencontre, ce qu'il y a dans le CRM, ce que le planificateur a projeté, ce que la conformité doit voir, et quoi faire ensuite. Pas une icône de plus. La chose qui laisse enfin les icônes retomber à l'arrière-plan, là où elles auraient toujours dû être.

Cofondateur et PDG, Bloks